Qui est Boris Cyrulnik ? Quelle est sa définition de la résilience ?

Dans cet article, Boris Cyrulnik nous explique les résiliences dans les situations extrêmes. Il parle des traumatismes vécus par les enfants, les personnes victimes d’attentats, les personnes âgées.

Boris Cyrulnik nous donne sa définition de résilience, Il aborde aussi le confinement qui est selon lui une “immense agression psychique”.

Que veut dire résilience ?

C’est un mot français, l’étymologie du terme de résilience vient du latin resilire qui signifie bondir en arrière et redémarrer. Les techniciens, employés en agronomie, parlent de sols qui sont résilients. C’est-à-dire des sols qui reprennent vie après une inondation ou un incendie. Souvent, ce n’est pas la même flore, ce n’est pas la même faune, mais la vie reprend et continue.

C’est exactement la définition la plus simple de résilience. Quand après un traumatisme, on est hébété par le malheur, on ne sait pas comment le résoudre, comment s’en sortir.

Et après qu’est-ce qu’on fait ? Ou bien, on reste hébété dans le malheur, on est mort psychiquement, c’est le syndrome psychotraumatique.

Ou bien, on se débat pour reprendre non pas le même développement puisqu’on a été traumatisé, mais un nouveau développement, un retour à la vie du mieux qu’on peut selon les circonstances.

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Ce qui n’est pas évident, c’est de trouver les facteurs de resilience, c’est-à-dire qu’est-ce qu’il faut faire pour permettre la reprise d’un bon développement ? Et là, il faut donner la parole aux biologistes, aux psychologues, aux sociologues, car on ne peut pas tout apprendre tout seul, il faut une équipe pour se faire aider.

  Qu’est-ce que c’est résilience en psychologie ?

Dans ses livres sur la résilience, Boris Cyrulnik nous fournit une définition psychologique ; quand on a été traumatisé, on est psychiquement mort, on est en agonie psychique. S’il n’y a personne pour nous entourer, on reste comme ça.

Mais s’il y a une structure affectueuse, amicale ou sociale autour de nous, on reprend un type de développement et on peut être résilient. On ne reprend pas son développement puisque la blessure reste dans la mémoire, après une agonie psychique, on reprend un autre type de développement malgré des circonstances adverses.

Ça touche beaucoup de gens, une personne sur deux.

La capacité à faire face à l’adversité est dans l’instant présent, alors que la résilience, c’est rebondir et reprendre un autre type de développement après la blessure. C’est la capacité à se développer malgré notre traumatisme.

Qui est Boris Cyrulnik ?

C’est un auteur très prolifique qui a écrit sur la réparation des blessures après un traumatisme.

Depuis des années, Boris Cyrulnik travaille avec les enfants traumatisés. Il explique comment ils se débattent au quotidien.

D’après lui, ce sont très souvent ces enfants qui emploient la métaphore “on m’a jeté dans un torrent”. Quelqu’un qui est poussé dans un torrent par un accident de la vie, il ne peut s’en sortir que s’il apprend à naviguer. Il ne peut s’en sortir que s’il apprend à éviter les rochers, les troncs d’arbres, les trous d’eau. Un jour, il va peut-être arriver à la navigation tranquille.

Qui mieux que Boris Cyrulnik pouvait comprendre ces enfants au destin disloqué ? Car lui aussi fut malmené dans un de ces torrents. Aujourd’hui, sa navigation est tranquille, mais son parcours fut chaotique, rien en tout cas qui aurait pu laisser croire qu’un jour il écrirait des livres.

Boris Cyrulnik est lui-même même un exemple de résilience. Pendant son enfance durant la Seconde Guerre Mondiale, sa famille a été déportée dans des camps de concentration. Il a donc vécu dans sa petite enfance plusieurs situations traumatisantes. Il a fait beaucoup de métiers. Quand il était à l’Assistance, il était garçon de ferme, il a été vendeur sur les marchés forains, laveur de carreaux, serveur. Puis il a fait des décors de théâtre, il a été maître nageur diplômé, sauveteur diplômé.

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Enfin, il est devenu neurologue et psychiatre. Pendant plus de 30 ans, il a travaillé dans les services de psychiatrie dans des hôpitaux du sud de la France. En choisissant le sujet de la résilience, il y a une partie de l’histoire de vie de Boris Cyrulnik qui a une influence sur ses travaux.

Ses travaux sur la résilience 

Boris Cyrulnik a étudié toute sa vie la résilience, il s’est insurgé contre le fatalisme. Auparavant, les gens pensaient qu’un orphelin ou une jeune victime de violence physique, sexuelle avait sa vie foutue.

Il a eu envie d’aller à l’encontre de cette pensée, il s’insurgera contre cette fatalité.

Le neuropsychiatre explique que ces traumatismes, toutes ces choses qui peuvent mettre quelqu’un dans le désespoir, tous ces événements peuvent aussi le faire grandir et le faire changer.

Ce n’est pas parce qu’un enfant est sans famille, qu’il est un enfant des rues qu’il ne va pas réussir sa vie. Il peut apprendre à lire, à écrire sans école, apprendre un métier, fonder une famille et se révéler efficace et équilibré.

Ses travaux sur la résilience ont inversé le cours de la psychiatrie. Les enfants malmenés par le destin existent toujours, ce qui a changé grâce aux théories de la résilience, c’est le regard porté sur eux.

Aujourd’hui, les professionnels de l’enfance ont compris que l’espoir reste possible et qu’on peut utiliser l’énergie interne que ces enfants gardent tout au fond d’eux pour les aider à s’en sortir.

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 Aujourd’hui, Boris Cyrulnik ne pratique plus, ils concourent parfois pour des prix littéraires. Il participe à des colloques, des groupes de recherche partout dans le monde. Il a consacré presque toute sa vie au concept de la résilience, il a réussi à le médiatiser. Grâce à ses travaux, le mot résilience parle à des milliers de personnes.

En France, il a été parmi les tout premiers à travailler ce concept et à le rendre populaire. Le livre qui a popularisé le concept de résilience s’appelle “un merveilleux malheur”, il a bousculé énormément d’idées reçues.

Il y a une contradiction dans les termes, mais après un malheur, on est contraint à la poésie, on est contraint à la métamorphose. C’est-à-dire un enfant ou un adulte blessé ne peut plus jamais être comme avant.

Comment faire pour être résilient ?

Qu’est-ce qu’on entend par un processus de résilience ? Est-ce qu’on peut se faire accompagner dans ce processus ? Il est important d’entourer les enfants suite à un traumatisme, mais un adulte qui prend la décision de s’atteler à ce traumatisme, de quelle manière pourrait-il le faire ?

Boris Cyrulnik explique ce qu’est la résilience aux différents stades de la vie. Il affirme qu’il faut entourer les enfants parce que c’est une période sensible du développement, toute gentillesse marque une empreinte et tous les traumas marquent aussi une empreinte biologique.

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Dans ses livres, il aborde les études sur les couples, mais aussi sur les personnes âgées, car elles ont besoin d’affectivité comme tout le monde.

La résilience, ce n’est pas quelque chose qui vient uniquement de nous-mêmes, c’est beaucoup influencé par les autres. Donc par exemple, un enfant qui perd ses parents, s’il est placé dans une famille d’accueil, si l’enfant a une sécurité, que son besoin d’affection est comblé, alors on se rend compte que cet enfant va en général très bien se développer.

Il y a une certaine singularité de chaque personne, ça dépend des circonstances de vie de chacun, c’est une constante recherche, une constante évolution pour être résilient, pour réussir à se sortir d’un traumatisme.

Qu’est-ce qui différencie le traumatisme de l’épreuve et de la souffrance ?

Boris Cyrulnik explique que la souffrance est inévitable, personne ne peut prétendre y échapper. Que ce soit la souffrance physique ou la souffrance psychique, on y a tous droit, donc ça fait partie de la vie.

Dans l’épreuve, on reste soi-même, on reçoit un coup, on en est malheureux, mais on sait comment on va faire pour l’affronter. On connaît les démarches à faire, ou les personnes à contacter.

Alors que dans le trauma, la neuro-imagerie moderne montre que le cerveau est éteint, on ne peut plus traiter les informations. C’est soit un choc physique, soit un choc émotionnel, la nouvelle est trop forte. Les tragédies arrivent donc on est ko. Et là, la vie peut reprendre que si on est entouré et si on cherche à donner un sens à ce qui nous est arrivé.

Aujourd’hui, on comprend comment physiquement, psychologiquement, relationnellement, il faut faire pour s’en remettre et faire preuve de résilience. Quand on fait ce travail, on constate que la majorité des gens s’en remette, contrairement à ce qu’on nous disait, il y a quelques décennies. Mais il faut entourer les gens blessés, il ne faut pas les laisser tout seuls. Si les gens sont laissés seuls alors il n’y en a pas beaucoup qui se remettront à vivre.

L’importante de l’affection reçue dans l’enfance

Pour Boris Cyrulnik, l’exemple de personnes qui ont reçu de l’affection dans leur enfance, celles qui ont disposé d’un environnement stable, sécurisé montre qu’elles ont plus de chance de supporter un traumatisme, une meilleure capacité de résilience.

Il soulève la question des enfants qui n’ont pas bénéficié de tous ces facteurs de protection : “pour ces jeunes, le traumatisme est-il irréversible et jusqu’à quel point ?”

L’auteur mentionne ce qu’on sait maintenant sur les études neurologiques, biologiques, affectives et psychologiques. Un bébé qui est traumatisé, parfois même avant sa naissance, qui est laissé seul, quand la solitude sensorielle affective est importante et durable, la résilience sera très difficile.

Chez les enfants qui ont été abandonnés et placés en isolement sensoriel dans les pays de l’Est, en Roumanie par exemple, il y a eu beaucoup de dégâts. Aujourd’hui, les Roumains ont fait énormément de progrès, c’est pourtant chez eux que plus de 200 000 enfants ont été placés, par une pensée politique criminelle, en isolement affectif total dès la naissance. Par la suite, ils n’ont pas pu rattraper tous ces enfants. Avec le travail relationnel, 100 000 ont été rattrapés quand même, mais 100 000 n’ont pas été rattrapés.

Pour Boris Cyrulnik, la chose à faire quand un enfant est traumatisé : il faut  vite l’entourer, vite le sécuriser et vite le remettre au travail, travail physique, travail d’apprentissage. Et là, au contraire on constate qu’à 90 % ces enfants vont reprendre un bon développement.

Ça ne veut pas dire qu’ils vont oublier leur trauma, mais ils vont bien se développer. Ils vont garder dans leur mémoire, dans leur cerveau la trace du trauma, mais ils vont être réhumanisés. En revanche, s’ils sont isolés précocement, intensément, durablement, la résilience aura une faible probabilité.

La capacité de résilience est-elle innée ?

La résilience se construit-elle dans le temps ?

Selon Boris Cyrulnik, le terme innée-acquis remonte au XVIIe siècle, avant on n’en parlait pas et depuis 50 ans, on n’en parle plus. Dans notre culture, on continue à poser le problème en terme d’inné et d’acquis à cause de Descartes. Il y a le corps d’un côté, la biologie et l’âme sans matière sans substance de l’autre. On est la seule culture à faire cette classification.

Les cultures asiatiques, indiennes et africaines ne font pas ces catégories et on les désoriente avec cette question inné-acquis. C’est une distinction philosophique de notre culture cartésienne qui empêche la pensée.

Pour Boris Cyrulnik, est-il possible d’être résilient avec le confinement ?

L’auteur explique que les confinements, le couvre-feu isolent les êtres. Le confinement pendant le covid-19 constitue une protection physique, mais ils sont une immense agression psychique.

Avant, on disait : “le cerveau est dans la boite crânienne”.

Aujourd’hui, on découvre qu’un cerveau seul s’atrophie. Notre cerveau a besoin d’être stimulé par un autre cerveau pour se développer.

On a besoin physiologiquement de l’autre pour devenir soi-même !

 La résilience concerne les personnes gravement traumatisées ? 

Boris Cyrulnik explique qu’on ne sait pas ce qu’est un traumatisme très grave, parce que certains sont gravement blessés par quelque chose qui vous paraîtra anodin. Et inversement, on voit des gens traversés des situations, des catastrophes sans être blessés.

Donc ce qui traumatise, c’est la signification qu’on attribue à l’événement ou au moment où ça survient. C’est-à-dire, parfois une petite agression a des conséquences énormes, et chez la même personne deux ans plus tard, une énorme agression n’aura aucune conséquence.

Donc c’est difficile de savoir, il n’y a pas de grands et de petits traumatismes dans nos vies. Cela dépend de la façon dont nous les vivons, ça dépend surtout de la signification qu’on leur attribue.

 “Parler d’amour au bord du gouffre” de Boris Cyrulnik

Selon l’auteur, le gouffre, c’est le traumatisme, c’est la blessure. Comment parler d’amour, lorsque les jeunes gens veulent se mettre en couple, veulent fonder une famille et transmettre quelque chose à leurs enfants ? Comment fait-on un couple avec la blessure ?

Le livre essaie de répondre à ces questions.

Lorsqu’il s’agit d’un couple qui est dans le processus de la résilience, ce sont parfois les deux parfois, parfois un des deux. Souvent, c’est les deux, car des enquêtes montrent que beaucoup de jeunes gens blessés ne se rencontrent pas par hasard.

Chacun sert de thérapeute à l’autre, ce qui est souvent utile, mais parfois ça peut être une bombe à retardement.

Ça dépend du contrat, de l’entente qu’il passe entre eux.

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Est-ce qu’on peut développer une famille de face de façon normale après un traumatisme ?

Lorsqu’on a été gravement blessé dans un traumatisme, l’affection et le sens sont nécessaires pour reprendre un type de développement.

L’affection comprend toutes les manières d’aimer, c’est aimer un homme, une femme, un enfant, des amis, c’est aussi la vie, la musique. C’est toutes ces manières d’aimer !

Et le sens, c’est l’histoire, c’est-à-dire la signification qu’on attribue, que vous attribuez, que la culture attribue à ce qui vous est arrivé. Donc c’est un ensemble de récits qui fait qu’on peut reprendre son développement où qu’on ne le reprend pas. Mais si on veut revenir à la vie, la contrainte à l’amour est de réapprendre à aimer.

Tout part de l’amour que reçoit un enfant, l’amour parental, l’amour maternel, la tendresse. Si on a eu cet amour en tant qu’enfant, on aura une meilleure résilience. He oui, la vie est injuste. Ceux qui reçoivent des interactions précoces, c’est-à-dire ceux qui reçoivent des empreintes d’attachement sécurisantes, les enfants ayant été aimés, trouvent davantage plaisir à explorer le monde. Ils découvrent plus facilement le monde mental des autres.

Alors qu’un enfant qui a mal été aimé peut être centré sur lui, il peut être en détresse. Ou bien, il est agrippé à sa mère par un hyper attachement anxieux, il est désorganisé.

Si cet enfant subit un traumatisme grave au cours de sa vie, il aura beaucoup plus de difficultés à s’en sortir. Cet enfant se défend un peu moins bien que celui qui a été bien aimé. Une personne aimée est confiante, ça ne veut pas dire qu’elle ne reçoit pas de coups, mais elle se défend un peu mieux.

Ceux qui ont été mal aimés peuvent apprendre à mieux aimer. Simplement, ils le font plus tard et plus lentement. Cela aurait été fait plus vite et plus facilement pendant les années d’enfance, mais c’est possible, par contre, c’est plus lent.

Les traumatismes après un attentat

Quand un adulte est blessé lors d’une attaque, d’un attentat, le premier mot, c’est le soutien.

Tout de suite après un attentat qui a été d’une très grande cruauté, d’une horreur traumatique, il faut réagir. C’est-à-dire, tout de suite, les médecins pompiers, les associations, les psychologues, les responsables politiques doivent intervenir.

Après les attentats de Paris, de Nice, les politiciens n’ont pas été d’accord sur la gestion de la France, mais ils ont été d’accord pour préserver ces gens. Et un an après les évaluations, la plupart de ces syndromes psychotraumatiques ont déjà disparu. Et parmi les 25 % qui restent un an après, on pense que dans un an, il en restera 10 % qu’on ne va pas récupérer.

Ça veut dire que la population a bien réagi, les politiciens ont bien réagi et qu’on a récupéré la plupart de ces gens. On n’a pas récupéré leur malheur lors d’une mutilation, la mutilation reste. On n’a pas récupéré leur deuil, quand ils ont perdu quelqu’un, on ne leur pas rendu leurs proches. Mais on leur permet de reprendre une vie humaine acceptable, malgré et après le traumatisme.

C’est très important de ne pas se sentir coupable lorsqu’on est rescapé.

 Ne vous sentez pas coupable si vous semblez réagir de manière excessive, si vous avez une vigilance excessive. Ce problème, cette vulnérabilité est une conséquence du fait que vous avez dû faire face à des traumatismes très importants. Votre corps et votre esprit, à un niveau inconscient, va être en état d’alerte toujours prêt à protéger, à défendre, à se cacher, à fuir.

La science le prouve ; lors d’un stress chronique, notre taux de cortisol est très élevé, l’hormone du stress est élevée, et elle fait des ravages dans le corps.

Il n’y a pas de barème de traumatismes

On voit des gens fracassés pour la mort du petit chat.

L’exemple des camps de la mort qui est le paradigme de l’horreur sociale montre qu’il y a énormément de syndromes traumatiques.

Mais on voit des gens qui traversent tout ça apparemment sans dégâts, pour d’autres, c’est l’effondrement. Donc il faut faire une analyse systémique, non pas comme nous l’a dit Descartes (une cause qui provoque un effet). Il faut faire une analyse systémique et entrer dans le monde de ces gens.

Il faut les entourer, travailler avec eux, et alors ils se remettent très bien à fonctionner, mais ils n’oublient pas le traumatisme. Ils en font souvent une force et ils en font souvent même une vocation dans leur existence. C’est-à-dire que très souvent, ils deviennent spécialistes du trauma qui les a blessés.

Parce qu’ils sont motivés, ils sont hypersensibles à ce phénomène et ils passent leur temps à se rencontrer entre eux. Ils lisent et deviennent spécialistes de ce qui les a blessés, ce qui est une manière d’être plus fort que le trauma, d’être plus fort que la mort même.

Boris Cyrulnik s’intéresse à la santé psychologique des personnes âgées

Pour le docteur Cyrulnik, les théories de la résilience s’intéressent à des cycles de vie entier. La résilience marche toute la vie, tous les âges ont un type de résilience particulier. Quand on est enfant, il faut une sensorialité, il faut quelqu’un qu’on aime sensoriellement.

Pour une personne âgée, le développement biologique est très ralenti, donc on ne peut pas parler de résilience biologique. En revanche, les personnes âgées ont une dilatation du temps, c’est-à-dire qu’elle se représente leur avenir comme infini. Si ce sont des personnes croyantes, elles croient souvent à une autre vie après la mort.

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Quand elles pensent à leur vie passée, elles se le représentent comme quelque chose de très très long. Donc il y a une dilatation du temps, alors que les jeunes sont toujours à courir, ils sont toujours dans l’urgence. Tandis que les personnes âgées sont bien plus paisibles.

Les personnes âgées quand elles ont du mal à parler parce qu’elles perdent la mémoire des mots, ce n’est pas une aphasie, c’est un problème avec la mémoire des mots. Comme elle répète souvent la même chose, on les abandonne et on aggrave le processus.

Depuis qu’on a compris qu’il y a bien d’autres manières de communiquer que la parole, on peut communiquer par le geste, par la musique, par les images. Mais on ne guérit pas la vieillesse, on ne guérit pas l’Alzheimer, mais on le rend beaucoup plus supportable. En tout cas, les familles sont beaucoup moins blessées par un parent dément. Il est beaucoup moins dément parce qu’il a trouvé d’autres canaux de communication.

Boris Cyrulnik explique que son maître John Bowlby dit : “du berceau à la tombe, on a besoin d’affection”.

 Est-ce que la résilience peut durer aussi longtemps que l’âge ?

La personne âgée ne se développe pas physiquement, mais elle se développe affectivement, elle a toujours besoin de l’affectivité. Son identité narrative, c’est-à-dire son histoire, la manière dont elle se représente, est plus forte que jamais.

Contrairement à ce qu’on pense, 75 % des gens âgés disent qu’ils n’ont jamais été aussi heureux de leur vie. Quand on fait des études rétrospectives, on se rend compte que lorsqu’ils ont été blessés dans leur jeunesse, dans leur enfance ou dans leur vie, ceux qui ont eu recours à un mécanisme de défense constructif ont généralement une vieillesse très réussie.

Par contre ceux qui ont eu un mécanisme de défense régressif comme de se réfugier au lit, de démissionner ou alors d’accuser les autres, ceux-là ont mal eu des mécanismes qui empêchent la résilience.

Les personnes qui ont eu des mécanismes de défense constructifs ne se sont pas soumis à la blessure. Au contraire, ils en ont fait quelque chose, ils étaient atteints de la rage de comprendre. Ces personnes ont voulu protéger les enfants pour qu’ils ne connaissent pas la même blessure qu’eux. Ils ont transformé ce qui leur est arrivé pour en faire un témoignage. Ceux-là ont généralement une vieillesse très réussie.

Et quand la blessure survient au moment de la vieillesse ?

Cela arrive souvent avec un deuil, et là, hélas, les gens sont vulnérables, ils sont difficilement résilients. Les gens âgés sont vulnérables pour les deuils, pour la maltraitance financière lorsque leur propre famille détourne leur argent ou leurs biens. Mais en revanche, 75 % des personnes âgées si on les entoure un peu, si on leur permet d’avoir un club d’anciens, ils se défendent très bien,

La majorité est assez heureuse, ce qui n’empêche pas que beaucoup prennent des médicaments. On entend beaucoup parler de personnes âgées dépressives, des personnes qui prennent des antidépresseurs, beaucoup de médicaments.

Boris Cyrulnik affirme que quand on fait des enquêtes de population : 2 % des enfants sont en détresse, 10 % des adolescents, 15 à 20 % des adultes et 25 % des personnes âgées sont très mal.

Et la maison de retraite est-elle adaptée ?

Ce n’est pas parce qu’on vieillit, parce qu’on prend de l’âge, parce qu’on prend de la sagesse qu’on souffre moins ou qu’on a moins de difficultés avec les aléas de la vie. Lorsqu’on est une personne âgée, on vit aussi le stress qui va avec notre âge. Par exemple, l’entrée dans un centre d’hébergement traumatise les gens âgés.

Mais parfois, il y a des acharnements à domicile. Elles sont très malheureuses parce qu’elles sont seules et par contraste, elles seraient mieux dans un centre d’hébergement.

Donc il ne faut pas raisonner en termes d’une cause provoque un effet. C’est plutôt un ensemble de déterminants qui provoque soit un traumatisme, soit un bénéfice.

Pour l’un, rentrer dans une maison de retraite, c’est une sécurité et un épanouissement. Pour l’autre, ça va être une déchirure grave.

Et les soins aux personnes malades âgées ?

Avec le vieillissement de la population dans tous les pays occidentaux, les soins à domicile sont-ils une bonne façon de traiter nos personnes âgées ? Surtout pour soigner des malades, les personnes qui ont des problèmes de santé ?

Boris Cyrulnik explique que les personnes âgées sont très vulnérables aux déménagements. C’est parce qu’elles perdent tous leurs repères dans l’espace et dans le temps. Neurologiquement, c’est leur point faible.

Donc les gens âgés, si on ne les déménage pas, si on les laisse dans leur milieu familier, à condition de les entourer avec un système de soins, des infirmières qui viennent tous les jours faire des visites à domicile, s’il y a une aide sociale, ces gens-là sont moins malheureux. Et le coût est moins cher que dans un centre d’hébergement ou qu’une hospitalisation.

Ils sont plus heureux, ils créent des emplois et cela protège beaucoup les personnes âgées. Par contre, il faut estimer si la personne a besoin d’entourage, parce qu’il y a des gens âgés qui supportent très mal la solitude. Elles ont une amélioration dans un centre d’hébergement.

 

Boris Cyrulnik son dernier livre :

Des âmes et des saisons : psycho-écologie

 

 

 

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Interviews de  Vidéo ArchivesRC, de Saint-Raph TV

 

 

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